Infos générales
Diese Woche
Archives 2006
Leitartikel
Titelseite
Artikel
Kultur
Offizielle Mitteilungen
Agenda
Archives 2003-2005
Stellenangebot
Suche!

L'administration

24 heures / 24

Question administrative ?

réponses par thèmes de la vie courante

Carte interactive

vous situer à Neuchâtel

"Vivre la Ville"

le journal en ligne

HEBDOMADAIRE OFFICIEL D'INFORMATION


Valérie Kernen: bourlingueuse avide de rencontres

La femme aux semelles de vent

Valérie Kernen

Amazonie, Maroc, Roumanie ou encore l’Afrique du Sud, Valérie Kernen bourlingue aux quatre coins du monde, un micro dans une main, le calepin dans l’autre afin de réaliser des reportages pour divers médias romands. Depuis 2002, elle a publié une quarantaine de portraits d’étrangers vivant dans le canton afin de rendre compte des réalités de l’exil et de l’accueil. Ces rencontres font l’objet d’une exposition itinérante et d’un livre dans le cadre des manifestations «Neuchâtoi».

Vous présentez, au Centre culturel neuchâtelois, jusqu’au 30 juin, une trentaine de portraits de migrants vivant dans le canton de Neuchâtel. Comment est né ce projet ?

Thomas Fachinetti le délégué cantonal aux étrangers du canton m’avait parlé il y a quelques années de réaliser un projet pour présenter la diversité de la population de ce canton. L’idée de réaliser une série de portraits d’émigrés m’est venue dans un hamac, en Amazonie ! A mon retour, j’ai rencontré une quarantaine de personnes venant des quatre coins du monde et j’ai présenté leur parcours dans la presse écrite et à la radio. Les manifestations «Neuchàtoi» m’ont donné l’occasion d’aller revoir les gens avec le photographe Alain Margot afin de mettre sur pied une exposition témoignant des réalités de l’exil.

Qu’est-ce que ces rencontres vous ont apporté, sur le plan personnel ?

Pour moi qui cherchais la diversité à l’étranger, lors de mes voyages, ces rencontres avec les migrants m’ont permis de faire de petits voyages, ici, dans le canton. Pénétrer dans leur appartement, c’est faire un saut dans leur pays: tant au niveau de l’accueil, de la décoration ou encore des repas, qu’ils m’ont souvent invité à partager.

Qu’est-ce que les migrants peuvent apporter au canton de Neuchâtel ?

Ils apportent évidemment une grande diversité au canton. Ils apportent de la chaleur humaine et ils contribuent à notre ouverture d’esprit. Quand on discute avec eux, on arrive à mieux comprendre le monde, sans avoir besoin de voyager.

Qu’est-ce que les migrants que vous avez rencontrés viennent chercher en Suisse ?

Ils viennent souvent chercher la liberté qui leur fait défaut dans leur pays. Ici, ils peuvent s’émanciper par rapport aux règles, à la tradition et à la culture de leur pays. Ils peuvent exister en tant qu’individu.

Le poids de la famille est moins présent, même si elle attend toujours de la part de l’émigré un soutien financier. Généralement, ils sont reconnaissants de l’accueil que la population neuchâteloise leur a réservé, sans nier qu’ils sont quelques fois confrontés à des problèmes de racisme.

Des problèmes de racisme ?

Oui. Avant de réaliser ma série de portraits, j’avais l’impression qu’on était moins raciste dans le canton, mais les émigrés rencontrés m’ont fait prendre conscience que ce problème existe aussi ici. Cela va de la difficulté de trouver un appartement pour les gens du Maghreb ou des Balkans à la suspicion systématique de prostitution pour les femmes de l’Est.

Voyages, rencontres avec des gens de toutes origines: que vous apporte ce goût pour l’ailleurs ?

J’aime me nourrir de la différence. J’adore aller dans des pays ou tous mes repères, mes valeurs et mes références sont remises en question. Comme, par exemple, chez les Yanomanis, des Indiens d’Amazonie, qui pensent que la terre est plate et, pour qui, des événements tel que le 11 septembre ne signifient rien. Ce qui les intéresse, ce sont les espèces de poissons que l’on peut pêcher dans nos rivières ou les animaux que l’on chasse dans nos forêts. La famille revêt aussi une importance toute particulière pour eux: la première question qu’ils m’ont posée, lors de mon arrivée, était de savoir si mes parents étaient encore en vie !

Forte de vos nombreux voyages à l’étranger et de vos contacts avec des gens provenant des quatre coins de la planète, comment définiriez-vous l’identité neuchâteloise ?

L’identité neuchâteloise est, selon moi, avant tout liée à notre tradition d’horlogerie, à ce passé prestigieux que l’on ne valorise pas assez. On ne met pas assez en avant nos traditions, ici, contrairement à ce que j’ai pu observer dans d’autres pays lors de mes voyages. Je crois que cette discrétion est également une des composantes de l’identité neuchâteloise. C’est peut-être lié au protestantisme. Mais l’identité neuchâteloise, ce sont aussi les différences entre le haut et le bas du canton, une certaine ouverture d’esprit peut-être due à la frontière proche, une politique d’accueil des étrangers efficace, bref un mélange de plein de choses.

Et vous, qu’est-ce qui vous rattache à ce canton?

J’aime la diversité des gens et des paysages, le lac, les montagnes, la nature. J’apprécie également beaucoup le centre-ville de Neuchâtel et ces vieilles pierres. Quand j’étais petite, j’habitais à Saint-Imier, et je venais souvent le week-end au bord du lac avec mes parents. Alors depuis que j’habite dans le bas du canton, j’ai un peu l’impression d’être en vacances. C’est drôle, quand j’ai commencé à voyager, je pensais que je pouvais m’installer n’importe où, mais aujourd’hui, il me serait difficile d’aller vivre ailleurs. Je me sens tellement bien ici.

Christophe Kaempf

Légende photo: «J’aime me nourrir de la différence».

- Exposition: Regards d’ailleurs: jusqu’au 30 juin au Centre culturel neuchâtelois, à Neuchâtel.

- Livre: Regards d’ailleurs, de V. Kernen et A. Margot, éd. Melina Film.