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Intégration des étrangers De Dakar à Neuchâtel ![]() Suisse d’origine sénégalaise, Mouhamed Basse vit dans le canton de Neuchâtel depuis 18 ans. Alors qu’il était venu dans l’intention de terminer ses études et de rentrer dans son pays, l’amour l’a retenu à Neuchâtel. Marié et père de 2 enfants, il enseigne aujourd’hui la physique au Gymnase de Bienne. Parallèlement à ses activités dans de nombreuses associations, Mouhamed Basse oeuvre en faveur de l’intégration des footballeurs africains qui viennent jouer à Neuchâtel-Xamax. Il s’exprimera le 1er mars prochain, au port de Neuchâtel, en tant que représentant des manifestations «Neuchâtoi». Comment s’est déroulée votre arrivée en Suisse? Je suis arrivé à Neuchâtel le 1er mars 1988, en TGV depuis Paris, où j’avais atterri en provenance du Sénégal. C’était encore l’hiver, je n’avais jamais vu de neige ailleurs qu’à la télévision. Je me souviens, ce n’était pas très drôle, j’avais des frissons et un peu peur aussi : tout était si gris et si froid. Je me demandais si j’allais pouvoir supporter ce temps. Puis mon voyage s’est poursuivi jusqu’à la Chaux-de-Fonds, où j’allais rejoindre mon frère. Une semaine après mon arrivée, je suis tombé dans une sorte de dépression. J’avais envie de repartir chez moi, au Sénégal, mais mes parents m’ont convaincu de rester afin de terminer mes études. Malgré ces difficultés des débuts, vous êtes pourtant resté… Je ne pensais pas m’établir en Suisse à long terme. J’avais l’intention de repartir au Sénégal une fois mes études terminées, car j’aime ce pays. Mais j’ai rencontré mon épouse, une Jurassienne, ce qui m’a convaincu de rester ici. J’ai cependant longtemps hésité, j’étais très partagé. Quelque part, j’avais l’impression de trahir ma famille en restant en Suisse. Mes parents ont finalement accepté ma décision de m’établir définitivement à Neuchâtel.
Comment vous êtes-vous intégré à la vie neuchâteloise ? Quand je suis venu à Neuchâtel, je me suis demandé comment je devais me comporter comme étudiant. Le montant que mes parents me versait chaque mois était relativement important en regard du pouvoir d’achat sénégalais. Alors, très vite, j’ai voulu me prendre en charge financièrement. Dans un premier temps, j’ai donné des cours de soutien en maths, ce qui m’a permis d’entrer en contact avec des Neuchâtelois et de faire la connaissance des familles de mes élèves. Puis j’ai travaillé à la pompe à essence du parking du Seyon. J’avais de bons contacts avec la clientèle, qui me parlait souvent de mes études et me soutenait en me donnant des pourboires. Mon patron d’alors s’occupait également bien de moi. Il a tout fait pour que je termine rapidement mes études. J’ai eu la chance d’habiter à la Cité universitaire, ce qui a aussi facilité mon intégration. J’étais avec des gens de tous horizons, qu’ils soient suisses ou étrangers. J’ai ainsi évité de me retrouver qu’avec mes compatriotes. Par la suite, je me suis occupé de manière informelle de l’intégration des footballeurs africains qui venaient jouer à Xamax et je fais partie de diverses associations telles que Mail-Mali, Helvétie-Sénégal ou encore l’association des parents d’élèves. Ces activités en dehors de mon travail m’ont permis de voir comment les gens fonctionnent et ont également contribué à faciliter mon intégration. Sur un plan plus personnel, mon épouse jurassienne m’a aussi aidé à découvrir la culture suisse ! Comment définiriez-vous les Neuchâtelois ? Je dirais qu’il faut laisser le temps aux Neuchâtelois de découvrir l’autre. Par exemple, je prends le train tous les matins à 6 heures 15, et ce depuis des années. Et bien les gens se disent à peine bonjour, malgré le fait qu’ils se croisent quotidiennement. On dirait que ça les embête qu’on les salue. C’est tellement différent de ma culture où les gens aiment à se saluer, à parler entre eux spontanément. Néanmoins, une fois que les Neuchâtelois vous connaissent, le contact se fait très facilement. Si les gens sont méfiants au premier abord, c’est sans doute qu’ils ont de bonnes raisons de l’être. Ce n’est pas une attitude que je condamne, mais que je constate. A vous entendre, votre intégration s’est plutôt bien passée ? Globalement, je pense que mon intégration a été facile, même si ça n’a pas toujours été rose. J’ai dû faire face à un certain nombre d’obstacles dans mon intégration, comme la discrimination au logement ou encore le harcèlement psychologique au travail. Vous savez, quand vous êtes africain, j’ai l’impression qu’on vous enjoint à vous estimer heureux d’avoir un travail et de vous taire. Alors que j’ai évidemment les mêmes droits et les mêmes devoirs que mes collègues suisses. J’ai le sentiment qu’en tant qu’immigré, il faut en faire toujours plus que les autres.
Vous n’avez donc jamais été confronté au racisme ordinaire ? Je crois que j’ai eu beaucoup de chance, car je ne me rappelle pas avoir fait l’objet de remarques racistes. J’ai cependant souvent eu l’impression que les gens me regardaient bizarrement, en se demandant ce que je faisais dans ce pays. Jusqu’au jour où une femme m’a livré une part d’explications: elle m’a dit que si elle me fixait de la sorte, c’était en raison de ma tenue africaine, qu’elle trouvait très belle. Je m’habille en effet souvent «à la sénégalaise» l’été. Le regard des gens ne traduit pas toujours ce que l’on imagine ! Quels liens conservez-vous avec votre pays d’origine ? J’y retourne régulièrement, tous les 12 à 18 mois, avec ma femme et mes deux fils. Pour moi, il est important qu’ils se rendent compte qu’ils ont une double culture et qu’ils connaissent la famille. Ils sont nés à Neuchâtel, mais une partie de leurs racines est en Afrique. Quand je suis parti du Sénégal, mes parents m’ont dit «Tu pars, mais n’oublie jamais d’où tu viens». Ces mots résonnent aujourd’hui encore très fortement en moi. Aujourd’hui, vous vous sentez plus Neuchâtelois que Sénégalais ? Je suis d’abord Sénégalais avant d’être Neuchâtelois: quand on me croise dans la rue, rien ne me distingue de l’immigré fraîchement débarqué. Dans mon for intérieur, je me considère comme un immigré qui a pu s’intégrer sans difficultés. Neuchâtel est ma seconde patrie. Je suis bi-national et sincèrement, je pense que si j’avais dû renoncer à ma nationalité pour être naturalisé, je serais resté Sénégalais. Mais le fait d’être Suisse m’apporte beaucoup, car je trouve qu’il est important de pouvoir voter, que ce soit au niveau communal, cantonal ou national. Je n’aime pas subir les décisions des autres… Christophe Kaempf Légende photo: «Je ne pensais pas m’installer à Neuchâtel à long terme». |