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Jeunes en difficulté: le Parlement des jeunes s’implique

Lettre d’espoir contre le suicide

Yannick Boillod

Aude Bachmann, Vânia Carvalho et Yannick Boillod, tous trois membres du Parlement des jeunes ont lancé, à la fin de l’année dernière, leur «Lettre de l’espoir». Destinée à informer les jeunes en difficulté des possibilités d’aide qui s’offrent à eux, elle à pour principal objectif de désamorcer les problèmes avant que ceux-ci n’entraînent l’irréparable: le suicide.

Les jeunes suisses se suicident beaucoup en comparaison internationale. Comment l’expliquez-vous ? Est-ce que vous ressentez une forme de mal-être autour de vous ?

Yannick Boillod: La société est de plus en plus exigeante et de moins en moins tolérante. Les parents ont moins de temps à consacrer à leurs enfants, ils sont peut-être moins proches de leurs préoccupations, de leurs problèmes que par le passé.

Aude Bachmann: Ce n’est pas évident de vivre dans la société actuelle, car on est tiraillé dans tous les domaines, la pression sociale s’exerce un peu partout. Il est difficile d’évoluer, de grandir.

Vânia Carvalho: La société est très exigeante envers l’individu, et ce dès le plus jeune âge. Les jeunes doivent toujours être à la hauteur: bons à l’école et beaux physiquement. Ce n’est pas toujours évident à assumer, d’autant que les gens sont moins entourés, les jeunes ne sont pas compris, pas écoutés et moins soutenus par leur famille.

Expliquez-moi la genèse de votre projet «La lettre de l’espoir». Comment vous est venue cette idée ?

Y. B.: C’est suite au suicide d’un ami que je me suis posé la question de savoir ce que j’aurais pu faire pour éviter un tel drame. J’en ai parlé au sein du Parlement des jeunes. Aude et Vânia, qui avaient aussi perdu un proche dans des circonstances similaires, m’ont rejoint. Nous avons créé une commission chargée de réfléchir à ce qui pouvait être fait afin de sensibiliser les jeunes à la problématique du suicide.

Nous avons assez vite remarqué que les jeunes souffraient d’un déficit d’information, d’où l’idée d’établir une liste des différents services et associations à même de leur fournir de l’aide. Nous avons ensuite pris contact avec Pascal Morier-Genoud, du groupe Sida Neuchâtel, qui nous a proposé d’établir une fiche qui explique ce que fait chaque association.

V. C.: Nous avons essayé de rendre ces fiches vivantes, attractives pour les jeunes. Nous avons retravaillé les textes, afin qu’ils soient accessibles aux 16-25 ans. Nous avons fait attention à ne pas être trop moralisateur. Nous avons également soigné le graphisme en collaboration avec notre imprimeur.

Pourquoi une lettre plutôt qu’une BD, un film ou encore une pièce de théâtre ?

A. B.: Notre idée première était de réunir des adresses et d’établir une liste à l’intention des jeunes. Nous voulions combler un déficit d’information. C’est l’aspect pratique qui a primé.

V.C.: Nous nous sommes focalisés sur la prévention. Il fallait présenter les services compétents en place afin d’encourager les jeunes à s’adresser aux bonnes personnes.

A qui cette lettre a-t-elle été distribuée ?

A.B.: la «Lettre de l’espoir» a été distribuée aux quelque 5'500 étudiants des lycées Denis de Rougemont et Jean Piaget ainsi qu’au CPLN. Elle sera prochainement distribuée aux 3'500 élèves des classes de 8 et 9ème années de l’ESRN.

V.C.: Au départ, notre intention était que la lettre soit distribuée dans toutes les classes de l’école secondaire. Mais en discutant avec les médecins scolaires, on s’est rendu compte que certains thèmes étaient plus facilement abordables en 8 et 9ème années.

Est-ce que votre lettre peut vraiment dissuader quelqu’un de se suicider ?

V. C.: On s’est dit que si notre lettre ne dissuadait ne serait-ce qu’une personne, alors notre but serait atteint. Mais «La Lettre de l’espoir» s’adresse avant tout à des gens qui ont des problèmes, mais qui n’ont pas encore pensé à cette solution ultime.

Qu’est-ce qu’elle apporte de plus que les structures déjà en place ?

V. C.: On ne prétend pas remplacer ce qui existe, on veut juste compléter l’information à l’intention des élèves des écoles secondaires et des étudiants des lycées et du CPLN. Certains sujets sont difficilement abordables en classe, la « Lettre de l’espoir » traite de thèmes qui aurait difficilement fait l’objet d’une discussion à cœur ouvert dans les écoles, comme l’homosexualité, par exemple.

A. B.: Notre lettre indique aux jeunes un certain nombre d’adresses où ils peuvent aller parler de leurs problèmes à une personne qu’ils ne connaissent pas, hors du cadre scolaire. Il est sans doute plus facile d’aller se confier auprès de gens qu’on ne connaît pas et de savoir qu’on a affaire à des spécialistes.

Comment avez-vous choisi les associations présentées dans «La Lettre de l’espoir» ?

Y. B.: Nous avons choisi les services et les associations en fonction de leurs capacités à accueillir directement des jeunes. Il fallait qu’ils leur offrent  la possibilité d’aller consulter des spécialistes. Nous avons aussi voulu, en présentant des structures actives dans divers domaines qui concernent directement les jeunes, comme la boulimie, la drogue ou encore les abus sexuels, susciter une prise de conscience dans les classes. Il faut que les adolescents soient sensibilisés aux problèmes que leur voisin de table peut rencontrer.

Comment votre action va-t-elle se poursuivre ?

V. C.: Dans un premier temps, notre «Lettre de l’espoir» va être distribuée dans le bas du canton, mais nous aimerions qu’elle puisse toucher tous les élèves neuchâtelois. Nous souhaitons aussi qu’elle soit distribuée tous les deux, trois ans  et que le projet soit repris, à l’avenir, par les nouveaux membres du Parlement des jeunes.

Y. B.: Notre volonté c’est que ce projet puisse s’étendre afin de toucher les jeunes en difficulté d’où qu’ils soient.

Christophe Kaempf

Légendes photo 1: Yannick Boillod: «Nous avons voulu susciter une prise de conscience dans les classes».

Légende photo 2: Vânia Carvalho: «Nous nous sommes focalisés sur l’information et la prévention».

Légende photo 3: Aude Bachmann : «Notre «Lettre de l’espoir» comble un déficit d’information auprès des jeunes».