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Interview

Quel avenir pour notre ville ?

Antoine Grandjean et Jean-Charles Authier

Comment le président du Conseil général, Jean-Charles Authier et son homologue du Conseil communal, Antoine Grandjean voient-ils l’avenir de notre ville en ces temps de conjoncture morose et quel message souhaitent-ils faire passer aux Neuchâtelois pour 2006 ?

D’importants efforts ont été demandés aux habitants de la ville en raison des difficultés financières rencontrées. Pensez-vous que ces sacrifices seront suffisants pour redresser durablement la barre ?

Jean-Charles Authier: Effectivement, le Conseil général vient d’adopter une hausse de 2 points du taux d’imposition. Il convient encore de mentionner la réduction de 2% sur 2006 du salaire du personnel communal, qui correspond en fait plus ou moins à plafonner les salaires à leur niveau de 2005. De plus, nous assistons pour la première fois à une réduction des effectifs de l’Administration, qui avait jusqu’alors – et aussi loin que je puisse m’en souvenir – augmenté chaque année.

C’est un signal important: les effectifs et les frais de l’Administration peuvent diminuer. Certes, l’organisation des services peut s’en trouver plus tendue, mais leur fonctionnement ne va pas notablement en pâtir. Elle peut même s’en trouver simplifiée.

Quant à prédire si ces efforts seront suffisants, je ne m’y risquerai pas. Les indicateurs économiques pour l’année 2006 montrent une tendance réjouissante, mais les variations de conjoncture se déroulent à un rythme toujours plus rapide qui rend très difficiles les projections à moyen terme. Ce que je sais en revanche, c’est que nous pouvons encore rendre notre fonctionnement plus efficace, et trouver des réductions de coût sans toucher aux prestations que nous voulons préserver. On a commencé à le démontrer.

Je déplore simplement la solution de facilité qui consiste à faire supporter nos excès de dépenses aux contribuables. La Ville doit adapter ses dépenses aux rentrées fiscales, et non le contraire. C’est ainsi que je m’oppose à la hausse du taux d’imposition et encourage mes concitoyens à en faire de même. Poussons nos Autorités à faire des choix, et à se montrer économe dans leur réalisation.

Antoine Grandjean: En premier lieu il faut relever que la pression fiscale en ville, bien qu’augmentée de 2 points ne sera pas supérieure en 2006 à ce qu’elle était en 2002. Il est clair que la modeste augmentation de cette année ne peut assurer à elle seule un redressement suffisant de la situation financière de la Ville. Elle doit et elle est accompagnée d’efforts de la fonction publique et de restructurations de l’administration pour gagner en efficacité. C’est ainsi qu’en 2006, 24 postes ne seront pas renouvelés.  Faire mieux avec moins, c’est le défi de ce début de siècle pour la Ville de Neuchâtel afin de satisfaire les besoins essentiels des citoyens et reconstituer une fortune suffisante.

Comment voyez-vous l’avenir de la ville, à court, moyen et long terme ?

Jean-Charles Authier: L’avenir va se forger autour de nos projets, et dans ce sens, j’ai accueilli très favorablement le programme politique du Conseil communal qui nous expose – c’est une première – les axes de développement qu’il voit pour  la Ville pour les 4 prochaines années.

De ce document ressort une ligne de force: la politique d’agglomération. Neuchâtel doit entrer dans une collaboration accrue avec les communes périphériques et jouer un rôle de pivot qui pourra déboucher à terme – qui sait ? – sur des processus de fusion. La ville joue déjà un rôle clé dans l’offre en matière culturelle et académique pour toute la région, voire le canton. Ce rôle doit se renforcer et englober l’ensemble des prestations d’ordre public (la sécurité, les transports, le sport..) et privé (l’industrie, le commerce, les services).

Antoine Grandjean: Neuchâtel dispose d’atouts exceptionnels, que ce soit sur le plan naturel, sur le plan architectural, sur le plan des équipements sportifs et culturels ou de la sécurité de ses habitants. La qualité de vie y est donc très élevée et les nombreux contacts que nous avons avec des représentants d’autres collectivités nous confortent dans cette conviction. La difficulté principale que nous rencontrerons est que l’avenir de notre ville se jouera de plus en plus à l’extérieur de ses frontières administratives. En effet nous sommes le centre d’une entité vaste et de nombreux problèmes ne peuvent se traiter qu’à l’échelle de l’agglomération. Notre ville doit donc se positionner au sein de l’agglomération comme le prestataire de services de proximité et viser la mise sur pied d’un contrat d’agglomération qui fixe nos obligations et nos droits envers les communes du littoral.

Quel message souhaitez-vous délivrer aux Neuchâtelois en ce début d’année 2006 ?

Jean-Charles Authier: Contexte économique et commercial,  rôle des collectivités publiques, ton et tenue des débats politiques, centre de gravité de la cité : nous vivons une période caractérisée par de nombreux changements qui suscitent des interrogations, et des craintes aussi.

Maintenant, regardons avec quel vaisseau nous abordons cette traversée: une ville à taille humaine, inscrite dans un cadre naturel extraordinaire, qui a su cultiver et développer des compétences académiques, industrielles et artistiques reconnues, et qui jouit d’infrastructures de pointe en terme de santé et de voies de communication. Je m’embarque avec enthousiasme dans cette aventure, et invite tous les Neuchâtelois à s’engager pour y amener leur indispensable contribution, que ce soit pour imaginer de nouveaux rivages, tracer la route, tenir le gouvernail, faire tourner les machines ou, plus simplement, astiquer le pont.

Antoine Grandjean: La vie n’est pas un long fleuve tranquille, la richesse de notre pays a toujours été la résultante de notre labeur et de notre faculté d’innover, il n’en ira pas autrement en 2006. Les collectivités publiques ont la mission de réaliser les conditions cadre propres à favoriser le développement économique et de procéder à une redistribution des richesses. La ville de Neuchâtel remplit bien ces missions, mais restera vigilante pour éviter un gonflement de son administration qui risquerait de freiner la création de richesses, de décourager les citoyens qui entreprennent et d’asphyxier la créativité. C’est donc confiants que les Neuchâtelois peuvent aborder 2006, car ils tiennent leur destinée entre leurs mains. Le Conseil communal présente à toutes et tous ses meilleurs vœux pour la nouvelle année.

Christophe Kaempf

Légende photo: Antoine Grandjean et Jean-Charles Authier (à droite) nous livrent leurs visions d’avenir pour la ville.