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«D’immenses efforts sont faits pour réduire les charges»

Gérard Blandenier

Gérard Blandenier est chef des services financiers de la Ville depuis décembre 2000. Son rôle est de gérer le personnel du service éponyme, de la comptabilité et du service des contributions. Il coordonne, par ailleurs, l’élaboration du budget avec ses collaborateurs et assure le suivi de l’évolution des recettes fiscales des personnes physiques et morales.

La ville de Neuchâtel, en raison de son rôle de centre d’agglomération, doit financer un certain nombre d’infrastructures dont profitent aussi les communes voisines. A combien s’élèvent ces charges d’agglomérations, quels sont les postes qui pèsent particulièrement lourds dans le budget?

Gérard Blandenier: Une analyse réalisée en 2002 montrait que les charges d’agglomération coûtent 16 millions de francs à la Ville. Les postes qui pèsent le plus lourd sont: la culture et les loisirs, les écoles secondaires (petit à petit transférées à l’Etat), les sports, ainsi que le trafic.

Alors que faire pour diminuer ces charges ?

Plusieurs pistes sont possibles. La Ville a l’intention de mieux faire connaître son rôle de centre d’agglomération afin de mieux bénéficier de la péréquation financière intercommunale, de meilleures synergies pourraient être mises en place avec les communes voisines, comme c’est le cas avec le SIS. Par ailleurs, il est possible de différencier les tarifs de certaines prestations pour les résidents et les non-résidents.

Le budget 2006 de la Ville est équilibré, il présente même un léger excédent de revenus. Comment en est-on arrivé à cette situation?

Il n’y a pas eu de miracle, mais d’immenses efforts pour réduire les charges dans tous les services de l’administration communale. D’importantes économies ont été réalisées dans le domaine des biens et services et grâce aux restructurations, aux redimensionnements de certains services, au non-remplacement du personnel pendant six mois après que le poste s’est libéré. On a ainsi économisé 7 millions de francs sur la charge salariale. Par ailleurs, les impôts seront relevés de 2 points, ce qui rapportera 2 millions de plus par an et permettra de reconstituer la fortune de la Ville par une attribution de un million de francs à la réserve générale.

Il y a une équité dans les efforts demandés: l’administration, le personnel, les contribuables et les bénéficiaires de subvention contribuent tous à l’équilibre du budget.

Quels sont les postes qui pèsent particulièrement lourds dans le budget ?

Les charges du personnel et les biens et services représentent les deux tiers du budget total, suivis par les subventions et les amortissements. C’est pourquoi d’importants efforts ont été faits sur les charges du personnel. On sait que quand on doit faire des économies, on va chercher dans les deux postes qui pèsent le plus lourd.

Dans quels domaines peut-on encore réaliser des économies, à votre avis ?

Il ne m’appartient pas de faire des choix, mais un groupe de cadres de l’administration travaille actuellement sur les mesures d’économie que l’on peut encore entreprendre. Il n’est pas exclu de supprimer certaines prestations.

La réflexion se poursuit actuellement. Il est également encore possible d’effectuer quelques économies en matière d’amortissements : si les dépenses d’investissement diminuent, nous paierons aussi moins d’intérêts sur la dette.

Pensez-vous que Neuchâtel retrouvera, à court terme, sa prospérité d’antan ?

Oui, je le crois. Ce que je constate, c’est que les recettes fiscales des personnes morales ont atteint un palier et que les recettes des personnes physiques ne s’accroissent plus que par l’augmentation de la population de la Ville. On est donc contraint de trouver un équilibre budgétaire. J’ajoute encore que la Ville n’en est pas pour autant devenu pauvre ces dernières années. Nous avons plus assisté à une diminution des rentrées fiscales qu’à une augmentation des dépenses.

La Ville de Fribourg, qui est comparable en terme de population, tourne avec un budget qui est deux fois moins important que celui de la Ville de Neuchâtel. Est-ce que ce serait un exemple dont Neuchâtel pourrait s’inspirer pour réaliser des économies ?

J’ai comparé les budgets des deux villes, et j’ai constaté que Neuchâtel dépense plus dans trois domaines: L’informatique, les affaires culturelles, ainsi que les hôpitaux. Mais il est difficile de comparer les budgets entre deux villes, tant les dépenses résultent de choix politiques. Nous avons tout  à apprendre des autres villes et nous entretenons d’ailleurs des contacts avec Yverdon, Le Locle et La Chaux-de-Fonds. On essaie de collaborer.

Très peu de collectivités publiques sont dans les chiffres noirs, en quoi cela pose-t-il un problème ?

Le danger ultime pour une collectivité, c’est qu’elle doive emprunter pour couvrir ses charges courantes. Le simple fait d’emprunter, d’avoir des dettes, alourdit le budget par la charge d’intérêts, et l’argent consacré à ce poste pourrait être utilisé à meilleur escient ailleurs. Par ailleurs, un budget déficitaire entretient le climat de morosité au sein de la population : les gens, de crainte de voir leurs impôts augmenter, ne consomment  plus.

Quels sont les effets de la péréquation intercommunale des charges et du désenchevêtrement des tâches canton-communes sur les finances de la Ville ?

Les effets sont importants: la péréquation représente 6,2 millions de charges en plus auxquels s’ajoutent 4 millions de coûts indirects engendrés par le désenchevêtrement des tâches, qui n’est pas une opération neutre. La Ville veut faire reconnaître son rôle d’agglomération afin de mieux profiter du fond de compensation de la surcharge structurelle de la péréquation.

Christophe Kaempf

Légende photo: «Un budget déficitaire entretient le climat de morosité au sein de la population».