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Interview

«On assiste à une paupérisation de la classe moyenne».

Valérie Nicolet

Assistante sociale à Caritas Neuchâtel depuis 1996, Valérie Nicolet est confrontée quotidiennement aux problèmes des plus démunis qui font appel à son aide pour se sortir de passages difficiles. Elle prête une oreille attentive aux difficultés des gens, les oriente dans la jungle des prestations sociales et leur apprend à tenir un budget.

Comment Caritas vient-il en aide aux plus démunis ?

Valérie Nicolet: Caritas Neuchâtel agit au travers de ses différents secteurs d'activité. Le secteur polyvalent offre des consultations sociales et un soutien individuel. L'Espace des Montagnes, situé à La Chaux-de-Fonds, est à la fois un lieu d'accueil et un programme d'insertion sociale et professionnelle pour des bénéficiaires de l'aide sociale. Le travail de groupe y occupe une place privilégiée. Caritas Neuchâtel a aussi reçu du canton le mandat d'accompagner les réfugiés statutaires dans leur processus d'intégration et d'autonomie. Nous offrons aussi des consultations juridiques et sociales aux demandeurs d'asile. Enfin, Caritas gère, en collaboration avec une autre association, l'Espace des Solidarités, qui se situe au cœur de la ville de Neuchâtel. Ce lieu ouvert permet à chacun de partager un repas et de participer à des activités en toute convivialité. Au travers de ses différentes prestations, Caritas Neuchâtel touche donc à des catégories de population très diverses.

Qui sont les gens qui font appel à vos services ?

Dans le cadre de mon activité au sein du secteur polyvalent, je rencontre des gens qui, bien qu'intégrés professionnellement, n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Il s'agit souvent de personnes qui ne bénéficient d'aucune formation ou alors juste une formation de base. Nous accueillons aussi beaucoup de familles monoparentales. En cas de divorce ou de séparation les charges se multiplient pour chacun des conjoints, comme par exemple le loyer. La perte d'un emploi ou la naissance d'un enfant est aussi souvent à la base des difficultés financières.

Nous avons énormément de demandes et parfois, nous réorientons les gens vers d’autres services, plus à même de les aider.

Quelles sont les populations particulièrement exposées à la précarisation ?

Evidemment des gens qui ont de très petits revenus, ou alors des gens qui sont endettés. Il est relativement difficile de se désendetter une fois que l’on fait l’objet de poursuites. Nous avons une grande expérience à Caritas pour les situations d’endettement. Souvent, nous rassurons les gens, nous leur expliquons comment se déroule une procédure de poursuite et nous les conseillons sur la meilleure manière de rembourser leurs dettes. Nous les aidons à établir un budget adapté à leur situation.

Quelles sont les évolutions que vous avez pu observer ces dernières années en matière de pauvreté à Neuchâtel?

Des gens qui s’en sortaient auparavant avec leur revenu doivent aujourd’hui faire appel à Caritas. On assiste à une paupérisation de la classe moyenne: les charges ne cessent d’augmenter, alors que les salaires stagnent. Par exemple, les primes d’assurance maladie montent, alors que les subventions cantonales diminuent, si bien que des personnes qui tournaient avant ne tournent plus aujourd’hui. Les gens doivent faire toujours plus avec toujours moins, c’est un véritable problème. Par ailleurs, il existe toute une catégorie de personnes qui, se trouvant juste en dessus de la limite des critères définis pour l’octroi de l’aide sociale, ne peuvent pas en bénéficier.

Qu’est-ce que c’est que d’être pauvre à Neuchâtel ?

Etre pauvre à Neuchâtel, c’est surtout manquer de ressources, pour diverses raisons: chômage, travail mal rémunéré et/ou dettes. Nous rencontrons aussi des gens qui ne savent pas gérer un budget et qui se paupérisent en faisant de mauvais choix, en contractant des dettes. Il est rare que nous ayons à faire à des gens qui ont faim. Néanmoins, il arrive parfois que certaines personnes préfèrent payer toutes leurs factures au détriment de l’achat de nourriture. Si un dépannage exceptionnel peut être accordé dans de telles situations, il convient surtout de fixer des priorités pour éviter que cette situation se renouvelle à l'avenir.

Est-ce que les gens dont vous vous occupez font vraiment tous les efforts nécessaires pour s’en sortir ?

Notre accompagnement est basé sur la collaboration. On ne va manifestement pas aider quelqu’un qui n’a pas envie de s’en sortir.  Dans le cadre d’un problème d’endettement, par exemple, on va établir un budget avec la personne pour voir où elle peut économiser afin de rembourser son crédit. Notre travail consiste aussi à négocier avec les créanciers pour trouver des arrangements de paiement. Il faut ensuite que la personne respecte les engagements qu’elle a pris envers ses créanciers.

Il arrive aussi que nous n’ayons pas ou plus de solutions pour aider les gens qui viennent nous trouver, comme dans le cas d’un surendettement extrême, par exemple. Nous n'avons pas de baguette magique.

Comment, justement, peut-on se sortir d’une situation de dénuement ? Est-ce que c’est possible ?

Oui dans certaines situations. Parfois les gens retrouvent un travail mieux payé, ou déménagent dans un appartement moins cher, ce qui permet de dégager un montant disponible pour le remboursement des dettes. Beaucoup de gens sont prêts à faire des efforts pour s’en sortir. Toutefois, lorsque les gens font l’objet de poursuites, il devient alors très difficile de les en sortir, car le minimum vital que les poursuites laissent aux gens après saisie est inférieur à celui de l’aide sociale. Résultat: ces gens ne paient pas leurs impôts, qui feront l’objet de nouvelles poursuites, c’est la spirale infernale. Caritas intervient pour aider les gens, les conseiller, les aider à faire un budget. Nous pouvons parfois offrir un dépannage modeste après avoir évalué la situation, mais dans le cadre d’une aide financière plus importante nous faisons appel à des fondations privées pour un soutien ponctuel.

Quelles sont les solutions que Caritas propose aux gens qui font appel à ses services ?

Nous dispensons beaucoup de conseils et d’appui à la gestion d’un budget. Les gens peuvent venir chez nous partager une difficulté passagère. Nous sommes à l’écoute des personnes. Les difficultés financières ne sont que la partie la plus visible de la pauvreté, mais il faut y ajouter les difficultés sociales, la solitude. Souvent les gens qui viennent nous voir nous parlent aussi de leurs difficultés avec leur conjoint, leurs enfants ou encore leur employeur.

Christophe Kaempf

Légende photo 1: «Des gens qui s’en sortaient auparavant avec leur revenu doivent aujourd’hui faire appel à Caritas».

Légende photo 2:  «Il est rare que nous ayons à faire à des gens qui ont faim».

Légende photo 3: «Nous accueillons des gens, qui malgré leur insertion professionnelle, n’arrivent pas à joindre les deux bouts».