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«Je suis curieux. J’aime aller au-devant de nouvelles créations.»

L'entrée du théâtre du Pommier

Ancien comédien et directeur de compagnie, Roberto Betti préside aux destinées du Centre culturel neuchâtelois depuis quatre saisons. Sans renier l’héritage de ses prédécesseurs, il a su imposer sa patte dans la programmation du théâtre du Pommier en y accueillant de jeunes artistes et des spectacles inédits.

Qu’est-ce que le Centre culturel neuchâtelois, à quoi sert-il et qu’apporte-t-il d’autre que le Passage ?

Roberto Betti: le Centre culturel neuchâtelois et sa scène, le théâtre du Pommier, sont des lieux uniques en Suisse romande qui proposent au public un choix de spectacles, de concerts et d’expositions des plus éclectiques. Je trouve que l’image de la «maison ouverte» de Françoise Dolto résume assez bien la vocation du CCN. Nous avons pour but d’être là au début de l’aventure de jeunes artistes de la Suisse romande tout en proposant au public des noms plus confirmés. Nous acceptons de prendre des risques avec les créateurs que nous coproduisons. Sans doute que nous dérangeons parfois, mais je crois que la culture ne doit pas être consensuelle et si elle suscite un débat, tant mieux. En raison de sa petite taille, le théâtre du Pommier offre une approche différente, plus intimiste des spectacles que le Passage. Mais nous ne sommes pas en concurrence: nous collaborons ensemble pour la saison jeune public, par exemple. Notre théâtre permet également l’accès à la culture à un prix abordable, puisque l’entrée est à 15 francs avec la carte du CCN et à 10.- pour les enfants et les étudiants.

Vous venez d’inaugurer la saison 2005-2006 avec le spectacle «Transport de femmes», quelles sont les spécificités de votre nouveau programme ?

Cette année est marquée par une plus grande ouverture de notre programmation à la chanson. Jusqu’ici, je dois avouer que mon précédent métier de comédien constituait un frein pour aller dans ce sens. Nous allons par exemple accueillir la jeune chanteuse neuchâteloise Lole, qui était au Paléo, Pascal Rinaldi et un spectacle irrévérencieux sur Trenet ou encore Ü, chanteur à la gouaille à la Higelin.

Comment choisissez-vous les artistes qui vont se produire au CCN ?

Je consulte les programmations d’autres salles, j’essaie d’aller au devant des artistes qui auraient un «day off» lors de leur tournée en Suisse. Je fais également fonctionner mon réseau de relations. J’ai la chance, grâce au passé du Pommier, de recevoir les programmes des salles parisiennes ainsi que de divers festivals et biennales. Mais je ne me contente pas de ce qu’on me donne car je suis curieux et j’aime aller au devant de nouvelles rencontres artistiques. C’est ainsi que je déniche des artistes qui feront la richesse de la programmation du Pommier.

Poésie hongroise, festival de chants lyriques, musique de guérison du Balouchistan et autres cafés littéraires: votre programmation s’adresse-t-elle vraiment à tous publics ?

Oui, je pense, nous n’avons pas un, mais des publics très éclectiques. Nous avons quelques passionnés qui suivent une grande partie de notre programmation car nous avons beaucoup de spectacles, et c’est tant mieux. Je suis content d’être au Pommier en raison de la diversité des gens que nous y accueillons.

Comment vous y prendriez-vous pour inciter quelqu’un qui n’est jamais venu au CCN à venir voir l’un de vos spectacles ?

Le théâtre a ceci de particulier qu’il n’est fréquenté que par 7-8% de la population et ce chiffre ne varie pas au fil des ans. Attirer des gens dans un théâtre n’est pas qu’une simple question de programmation: c’est une question de sensibilisation, de curiosité personnelle.

Il semble aussi qu’il soit plus facile de dépenser 15 francs pour aller au cinéma que pour aller voir une personne en chair et en os. J’ai envie de dire aux gens que le théâtre ne mord pas !

Il suffit parfois que quelqu’un parle de ce qu’il a vu, du plaisir qu’il a ressenti à voir un spectacle ou des émotions qui l’ont touché pour qu’une personne qui n’est par habituée à fréquenter un théâtre ose franchir le seuil. En général, si elle fait le pas, elle revient !

La Ville a diminué sa contribution au CCN et l’Université a supprimé la sienne. Craignez-vous que ces coupes remettent en cause certaines activités ?

Pour l’instant, nous essayons de trouver des solutions avec les artistes, nous leur demandons de faire des sacrifices financiers et nous cherchons d’autres aides. Il faut savoir que le CCN, en sa qualité de fondation de droit public, n’a pas droit au déficit. Si nous prenons des risques, nous devons les assumer. C’est pourquoi nos engagements se font en fonction de nos moyens. Une piste peut-être pour d’autres !

Christophe Kaempf

Légende photo 1: Théâtre, chanson française, musique ethno et cafés littéraires sont au programme de la saison 2005-2006 du théâtre du Pommier.

Légende photo 2: «Nous prenons le risque d’accueillir de jeunes artistes».

Légende photo 3: «L’ouverture à la culture est importante. Elle devrait être intégrée dans l’enseignement obligatoire».