Les flonflons de l’inauguration sont retombés. Au-delà de la tempête dans un verre d’eau créée par certains choix architecturaux, une chose demeure: la salle fonctionne; mieux, elle «respire» comme l’exprime l’œuvre d’art qui figure sur son fronton.
La commission de construction, elle aussi, respire parce que le chantier s’est déroulé sans accident de travail, ce qui est réjouissant par les temps qui courent: une étude de l’Inspection du travail genevoise montre en effet que 21% des ouvriers du bâtiment meurent avant d’atteindre l’âge de la retraite. Si on y ajoute ceux qui deviennent invalides, ce sont même 41% des ouvriers de la construction qui n’atteignent pas l’âge de la retraite.
Le fait que les entreprises embauchent souvent des travailleurs temporaires sans formation ou avec une formation insuffisante n’est certainement pas étranger au fait que la probabilité d’accident reste élevée sur les chantiers malgré l’effort de prévention qui est déployé et les hausses de primes d’assurance-accident. Or, si les entreprises agissent ainsi, c’est évidemment sous la pression de la concurrence acharnée qu’elles se livrent en matière de coûts. Et si elles se battent ainsi pour limer les prix, c’est évidemment parce que les procédures de marchés publics les y contraignent. En tant que responsables politiques, mais également en tant que citoyens, nous devons donc nous interroger sur ce qui ressemble fort à de la schizophrénie: en voulant obtenir les prix les plus bas par le biais de ce genre de procédure, ne finissons-nous pas par en payer le prix d’une autre manière, c’est-à-dire en faisant augmenter le montant de ce qu’il faut bien appeler la facture sociale, c’est-à-dire le prix financier et humain de toutes ces personnes qui perdent leur emploi et leur utilité sociale. ?
Daniel Perdrizat
Directeur des services sociaux