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Chèque-emploi «Certains employeurs ne se rendent pas compte qu’ils sont dans l’illégalité» ![]() Le chèque-emploi TickeTAC facilite les rapports entre employeurs et employés dans le cadre des emplois de proximité. Mais pas seulement. Il offre de nouvelles perspectives professionnelles dans les services domestiques. Interview de Sylvain Ghirardi, chef de l’office du travail de la Ville. Qu’est-ce que le chèque-emploi et quels sont ses buts? Sylvain Ghirardi : Le chèque emploi est un instrument qui a été créé fin 2004 afin de faciliter le développement d’emplois de proximité dans des secteurs de l’économie domestique. Le premier objectif poursuivi par le chèque-emploi est la mise en réseau des offreurs et des demandeurs d’emploi dans les emplois de proximité. Le second but poursuivi est la lutte contre le travail au noir sous ses aspects les plus pernicieux : absence d’assurance accident et d’assurances sociales pour les employés, conditions de travail des plus discutables. La société qui gère le chèque-emploi, Travail au Clair Sàrl, a pour charge de faciliter les démarches administratives entre employés et employeurs. Il s’agit d’une société fiduciaire qui est totalement indépendante des services publics. Le TickeTAC veut prévenir des situations qui pourraient s’avérer très délicates dans le futur. Prenons l’exemple d’une femme de ménage qui a travaillé durant vingt ou trente ans au noir. Au moment de la retraite, elle risque de se retrouver dans une situation des plus précaires, puisqu’elle ne bénéficiera que d’une rente simple de l’AVS, sans le supplément indispensable de la caisse de pensions. Les emplois de proximité sont–ils plus touchés par le travail au noir que d’autres secteurs professionnels ? Oui, par définition. D’une part parce que certains employeurs ne se rendent pas compte qu’ils sont dans l’illégalité, puisqu’ils n’emploient une personne qu’une à deux heures par semaine et d’autre part, parce qu’il est plus difficile de faire des contrôles au domicile des gens, en raison du respect de la sphère privée, que dans un restaurant ou sur un chantier, par exemple. De plus, les employés actifs dans les services à domicile ne bénéficient ni de conventions collectives, ni de la protection de syndicats. Ils affrontent souvent des conditions de travail pénibles. J’aimerais également rappeler au passage que, dans le cadre du travail au noir, tant l’employeur que l’employé s’exposent à des sanctions administratives, civiles ou pénales pour les cas les plus graves. Un patron pourrait, par exemple, devoir payer rétroactivement les charges sociales qu’il n’a jamais versées, alors que l’employé se verra rattrapé par le fisc, qui lui ferait payer ce qu’il ne déclarait pas.
On assiste à une augmentation du nombre de personnes qui occupent des emplois de proximité. N’est-ce pas l’illustration d’une forme de précarisation du marché du travail? Non, pour moi, cette augmentation répond plutôt à l’émergence de besoins nouveaux: garde d’enfants en raison du double emploi du couple, garde de personnes âgées en raison du vieillissement de la population, par exemple. On assiste donc à l’apparition de nouveaux métiers, de nouvelles sources de travail répondant à une demande certaine dans le domaine des services à domicile. Bien sûr, certains pourraient y voir une forme de précarité, par rapport à un emploi fixe, mais, d’après mon expérience, les gens qui occupent ces emplois sont des personnes qui le font de manière voulue, consentie et assumée. Une partie de la population, pour des raisons de santé ou pour des raisons familiales, ne peut plus ou ne veut plus exercer une activité professionnelle traditionnelle. Le TickeTAC offre la possibilité à des mères de famille, des personnes au bénéfice d’une rente AI partielle ou encore des étudiants d’exercer une activité, tout en bénéficiant d’une couverture sociale adaptée. Ainsi, une mère de famille peut se lancer dans une activité modulable comme la garde d’enfants. Cette offre va-t-elle se limiter à cette catégorie d’emplois ou va-t-elle être élargie à d’autres activités professionnelles? La Ville de Neuchâtel a pour mandat, dans le cadre du projet chèque-emploi, la mise sur pied d’une bourse d’emplois destinée à améliorer l’adéquation entre l’offre et la demande de services de proximité. Elle a également pour vocation de constater, voire d’anticiper les nouveaux débouchés qui pourraient s’ouvrir dans ces domaines d’activités. J’ai l’impression que nous sommes au seuil d’une pépinière d’emplois nouveaux. Actuellement, le chèque-emploi se cantonne aux services domestiques, mais on pourrait, par exemple, élargir ses prestations dans des domaines tels que la viticulture ou les cultures maraîchères, par exemple. La bourse agira comme un instrument de mesure pour voir si l’offre actuelle est adaptée aux besoins. Si ce service s’avère probant, il sera étendu à l’ensemble du canton.
Quel bilan pouvez-vous tirer six mois après l’introduction du chèque-emploi ? Actuellement, nous sommes satisfaits du fonctionnement de ce nouvel instrument. 66 employeurs sollicitent régulièrement les services du TickeTAC. Le nouveau chèque-emploi fonctionne particulièrement bien avec les femmes de ménage, qui constituent le 95% des employés bénéficiant de cette prestation et, dans une moindre mesure, les jardiniers occasionnels, qui représentent le 5%. L’expérience genevoise en matière de chèque-emploi nous enseigne que la progression des emplois de proximité se fait de manière forte et régulière, dans les zones urbanisées en particulier, très demandeuses de ce genre de services. Christophe Kaempf Légende photo 1: Sylvain Ghirardi, chef de l’Office du travail de la Ville. Légende photo 2: «Nous sommes au seuil d’une pépinière d’emplois nouveaux.» Légende photo 3: Trop d’employés de proximité travaillent sans protection sociale. |