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Interview d’Alain Farine, chef de l’Office des vins et des produits du terroir

"Charmeur, gouleyant, au floral bien développé"

Alain Farine goûte le Non filtré

Le Non filtré est tiré ! Chacun pourra le goûter mercredi 19 janvier de 16h30 à 20h30 au péristyle de l’Hôtel-de-Ville. Il suffira de payer 5 francs pour recevoir un verre de dégustation. Ceci fait, 25 vignerons-encaveurs se feront un plaisir de nous faire apprécier leurs crus. Alain Farine, chef de l’Office des vins et des produits du terroir, nous parle du millésime 2004 et du Non filtré.

L’année écoulée fut moins exceptionnelle que 2003 en ce qui concerne la météo. Cela aura-t-il des conséquences sur les vins?

Alain Farine: C’est vrai: 2003 avait pulvérisé tous les records de température, au point que les climatologues nous l’avaient présentée comme la plus chaude depuis un demi-siècle ! Cette année exceptionnelle demeure dans tous les esprits. Le développement de la vigne s’était fait si rapidement que les vendanges s’étaient terminées avant le 20 septembre…

Avec un mois de juillet pluvieux et un mois d’août plus humide encore et très peu  ensoleillé, l’année viticole 2004 pourrait apparaître à première vue plutôt médiocre. Heureusement, il n’en est rien ! Cette première impression ne résiste pas à l’analyse, ni du point de vue climatique, ni du point de vue de la qualité.

Comment se présente dès lors le millésime 2004 ?

Chacun pourra s’en faire une idée mercredi en venant goûter le Non filtré. Ce vin reflète peut-être mieux que n’importe quel autre les conditions climatiques de l’année écoulée. Ce que l’on peut dire, c’est que le millésime 2004 réunit des vins de chasselas d’excellente facture, plus dans la «norme» que ceux vinifiés l’an passé. La qualité de la vendange fut remarquable avec un taux de sucre moyen dépassant les 70 degrés Oechslé.  

Le millésime 2004 apparaît dès lors prometteur et présente des qualités d’élégance et de fruité qui autorisent les plus grands espoirs. Ces espoirs se fondent sur les excellentes conditions climatiques qui ont régné avant les vendanges ainsi que sur les nombreuses nuits fraîches ayant caractérisé cette période, qui ont favorisé la synthèse des arômes dans les baies. Le Non filtré 2004 est ainsi charmeur et gouleyant, au floral bien développé, soutenu par une légère vivacité dont l’absence, au goût de certains, s’était parfois fait sentir dans quelques vins du dernier millésime.

 

 

La surface de vigne en chasselas a-t-elle encore diminuée en 2004?

Oui. Poursuivant une évolution entamée il y a plus de 15 ans, qui s’est encore accentuée récemment par les aides fédérales à la reconversion, le chasselas a perdu en 2004 plus de huit hectares: 237 hectares étaient plantés en chasselas contre 359 en 1990, soit une diminution d’un tiers ! Ce cépage occupe actuellement moins de 40% des surfaces en vignes du canton. Parallèlement, le pinot noir a augmenté de 3 hectares et les autres cépages ou spécialités de 5 hectares.

Au niveau des quantités, les raisins de chasselas ont à peine dépassé en 2004 les deux millions de kilos. Il s’agit d’une des récoltes les plus faibles de ces 15 dernières années. Pour la première fois, le chasselas n’occupe plus le premier rang au niveau des volumes. Il est supplanté par le pinot noir.

Et le Non filtré, comment se comporte-t-il sur le marché ?

Avec 126'000 litres vendus, la spécialité neuchâteloise s’est légèrement mieux écoulée en 2004 que l’année précédente. Ce sont ainsi 8% du Neuchâtel blanc qui ont été commercialisés en tant que non filtré. Bien que la progression des ventes ait été moins soutenue ces deux dernières années qu’auparavant, cette variante du chasselas traditionnel confirme qu’elle a bien trouvé son public, quand bien même ce cépage est soumis à rude concurrence. La structure du marché est assez stable, tant au niveau de sa répartition géographique, avec plus de 40% du volume écoulé hors du vignoble neuchâtelois, qu’au niveau de sa segmentation : pas moins de 45% du Non filtré est écoulé auprès des particuliers, 30% chez les restaurateurs et 25% chez les grossistes et revendeurs.

Que pouvez-vous dire de l’année climatique 2004 ?

Après les vendanges 2003, et contrastant avec les températures élevées de l’été, octobre s’était révélé anormalement froid. Mais après un hiver relativement doux, mars fut exactement dans la norme et avril se montra chaud, sec et bien ensoleillé. Tout le vignoble était au stade des bourgeons éclatés aux environs du 20 avril, ce qui est tout à fait dans la moyenne. Une période relativement sèche s’installa alors jusqu’en juin, avec des températures légèrement supérieures à la normale. La vigne se développa normalement, sans souffrir de cette sécheresse toute relative, et la mi-floraison était atteinte le 29 juin pour le chasselas.

Quelles seront les conséquences de l’été pourri sur le nouveau millésime ?

Il est vrai que par la suite des pluies abondantes en juillet et encore plus en août ont un peu ralenti la maturité, de sorte qu’il a pratiquement fallu attendre fin août pour que l’entier du vignoble soit en véraison. Malgré ce léger retard, septembre s’étant montré finalement sec, chaud et bien ensoleillé, le développement de la vigne s’est poursuivi harmonieusement et les sondages ont évolué rapidement pour atteindre début octobre des valeurs remarquables. On peut attribuer cela au fait que, globalement, la période de végétation de la vigne a été plus ensoleillée, plus chaude et plus sèche que la norme.

Patrice Neuenschwander

Légende photo 1: Alain Farine goûte en connaisseur le Non filtré de Georges-Edouard Vacher dans la cave des St.-Martin, à Cressier.

Légende photo 2: Prometteur, le millésime 2004 présente, selon Alain Farine, des qualités d’élégance et de fruité qui autorisent les plus grands espoirs.

Légende photo 3: Avec 126'000 litres vendus, la spécialité neuchâteloise s’est légèrement mieux écoulée en 2004.