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Des jeunes adultes entourent des adolescents en difficulté «Un projet généreux et intelligent» ![]() «En Suisse, la situation est extrêmement difficile pour les jeunes. Les obstacles à la formation sont de plus en plus nombreux.» Pascal Helle, enseignant au CPLN, s’occupe de l’intégration d’élèves étrangers. Convaincu qu’il faut soutenir toute tentative d’insertion des jeunes, Suisses ou étrangers, il participe au groupe de pilotage du projet «Alter connexion» (voir page "La Ville devant soi"). Selon lui, l’idée d’encadrer des Neuchâtelois en difficulté par des mentors, sorte de «grands frères» et de «grandes sœurs», est excellente. «En arrivant en Suisse, les immigrés passent par différentes phases qui vont de l’euphorie – la joie d’arriver dans un nouveau pays – à la déprime. Ce choc culturel est inévitable, mais il ne faut pas qu’il se transforme en blessure.» Pascal Helle enseigne le français, les mathématiques et les connaissances culturelles à des jeunes étrangers du CPLN (Centre Professionnel du Littoral Neuchâtelois). Il s’occupe des classes JET (jeunes en transition) composées de migrants entre 16 et 20 ans, jugés trop âgés pour fréquenter l’école secondaire et pas assez formés pour commencer un apprentissage. «Mon but, c’est d’intégrer ces jeunes dans notre société», explique l’enseignant, qui met tout en œuvre afin qu’ils entreprennent rapidement une formation. Son métier, Pascal Helle le raconte avec passion: «Je vis au contact d’élèves qui ont des espoirs, des rêves et souvent une expérience de vie très enrichissante. Mais c’est pénible de voir à quel point il leur est difficile d’atteindre leurs objectifs. Pour eux, la voie royale n’existe pas.» L’enseignant s’indigne souvent devant des remarques du type «je n’ai rien contre les Africains, mais les clients ne sont pas habitués à avoir du personnel noir»... Obstacles à la formation
Il constate pourtant que ces obstacles à la formation touchent aujourd’hui les jeunes de tout horizon, aussi bien les Suisses que les étrangers. «Pour beaucoup, les exigences sont devenues trop élevées dans le monde du travail, où règne le principe de la rentabilité immédiate.» Poussé par ce besoin d’aider les jeunes en rupture, Pascal Helle a été séduit par «Alter connexion», initié au début de l’année par le Centre de Loisirs. Il fait partie du groupe de pilotage de ce projet, qui consiste à entourer les adolescents en difficulté de personnes de confiance, un peu plus âgées qu’eux, chargées de les aiguiller. Actuellement, quatre «grands frères» et une «grande sœur» encadrent une septantaine de jeunes neuchâtelois. «C’est un projet généreux et intelligent», estime le responsable des classes JET. Selon lui, ces conseillers ont cet avantage sur les éducateurs qu’ils ne sont pas ancrés dans une institution: «Ils sont issus des mêmes milieux que ceux des jeunes en difficulté. Pourtant, ils ont réussi et constituent des modèles d’intégration!» Ces mentors invitent les adolescents à suivre leurs traces et à se détourner d’autres modèles, comme ceux qui seraient proches de la délinquance… «L’idée est toute simple! On donne à ceux qui se sentent exclus l’exemple de jeunes qui s’en sont sorti. Certains adolescents ont reçu tellement de «claques» durant leur recherche d’emplois qu’ils sont totalement démotivés! Les grands frères les aident à pousser les portes d’organismes tels que l’OROSP, Job service ou l’Office du travail.»
Une pratique «scandaleuse» «Mais ce projet ne va pas tout résoudre», souligne le responsable des classes JET. «Il est indispensable que les entreprises créent des places d’apprentissage!» Pascal Helle jette un regard sombre sur l’évolution de notre société. «En Suisse, la situation est extrêmement difficile pour les jeunes. Les obstacles à la formation sont de plus en plus nombreux.» L’un de ces obstacles consiste, pour certaines entreprises, à taxer les jeunes qui s’inscrivent à des examens de sélection pour un apprentissage. «Si les candidats vont jusqu’à l’entretien d’embauche, on leur rembourse 50 francs sur les 100 qu’ils ont déboursés au départ. S’ils sont engagés, ils se voient rendre la totalité du montant. Pour les autres, cet argent est perdu», explique l’enseignant. Qui juge cette pratique «scandaleuse, notre société ayant une responsabilité de formation»! L’enseignant constate qu’autrefois, les entreprises se souciaient davantage de former des jeunes. Aujourd’hui, le principe du rendement immédiat s’est imposé. «Pour l’apprentissage d’employé de commerce, les exigences ont été revues à la hausse. Si bien que certains patrons ne veulent plus former d’apprentis car cela demande trop de travail!» Reconstituer des liens «Alter connexion, c’est un moyen de reconstituer les liens qui ont été coupés», témoigne Pascal Helle. «Et tout cela sans créer de nouvelle structure avec ses charges administratives, mais en utilisant le tissu social qui existe déjà.» Il ajoute que la phase de lancement du projet a déjà porté ses fruits puisque depuis le début de l’année, sept jeunes en difficulté ont trouvé du travail, deux autres une place d’apprentissage et deux ont été placés dans une mesure d’insertion. Virginie Giroud Légende photo 1: Pascal Helle: «L’idée est toute simple! On donne à ceux qui se sentent exclus l’exemple de jeunes qui ont réussi.» Légende photo 2: «Alter connexion» a été initié par le Centre de Loisirs. Légende photo 3: «Certains patrons ne veulent plus former d’apprentis car cela demande trop de travail.» |