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«Quand la pierre est chaude, j’ai l’impression de toucher un être vivant»

David Stricker, l'homme qui empilait des galets sur l'arteplageL’homme qui empilait des galets sur les rives de l’arteplage est réapparu, au détour d’une cérémonie (voir page 3). Juste le temps de lui demander ce qu’il devenait depuis la fin d’Expo.02. Et d’apprendre que le Suisse alémanique, amoureux de Neuchâtel, s’est installé il y a peu dans un atelier de la rue de l’Ecluse. Accompagné de 5 à 6 tonnes de cailloux! David Stricker est en perpétuelle recherche de l’équilibre. Il raconte comment il sent une âme dans les pierres.

On vous retrouve dans un atelier, au 66 rue de l’Ecluse. Depuis Expo.02, vous n’avez cessé d’empiler des pierres?

David Stricker: Je ne me suis pas arrêté! J’ai participé à de nombreux festivals dans toute la Suisse. Cette année, je me produirai à la fête de la musique à Genève, au comptoir suisse à Lausanne, dans les ex villes-arteplages pour Festrilacs, ou encore lors de la première édition du festival de la rue de l’Ecluse, le 26 juin prochain. J’y présenterai mon spectacle, une construction de statues dans une atmosphère particulière…

Expo.02, c’était un tremplin?

Oui! Partout où j’expose mes œuvres, les gens se souviennent de moi.

Quand a démarré ce travail de patience?

Tout a commencé quatre à cinq ans avant Expo.02. Un jour, au bord du lac de Neuchâtel, un homme de Madagascar m’a montré comment on posait les pierres en équilibre. Depuis, je me suis mis à empiler des galets sur les Jeunes-Rives! Au début, je construisais des personnages: il y avait la famille parfaite, avec deux adultes et deux enfants. Ensuite j’ai reproduit des familles éclatées, avec un seul adulte. Il m’est arrivé de créer ma propre famille, avec mes quatre frères et sœurs.

Votre plus haute statue?

Elle faisait 1,80 mètre. Et celle avec le plus de pierres en avait 18!

Aujourd’hui, vous créez encore des personnages?

Non. Je me concentre davantage sur la recherche de l’équilibre. Je ne construis pas quelque chose de précis. C’est seulement une fois la sculpture terminée que j’y vois, parfois, un animal ou un objet.

D’autres artistes empilent les galets. Quelle est votre marque de fabrique?

J’ai mon style personnel. Alors que les autres sculpteurs démarrent avec une pierre très instable, mon premier galet doit être totalement immobile. Ce style reflète un peu mon existence: dans la vie, si tu as une bonne base, tu peux aller plus loin. J’ai grandi dans une famille unie, avec cinq enfants. J’estime que j’ai bénéficié d’une bonne stabilité en début de parcours.     

Des monticules de pierres submergent votre atelier! D’où viennent-elles?

Ici, il y a environ 5 à 6 tonnes de cailloux! Je les ai trouvés en Valais, ou encore au fond du lac de Neuchâtel… Et cet été, j’irai chercher des pierres au Tessin et dans les Grisons, où – dit-on - elles sont magnifiques!

Comment les choisissez-vous?

Je n’aime pas les pierres toutes lisses, trop simples. Je choisis celles qui ont des teintes particulières, des taches de couleurs ou encore une forme irrégulière!

Pourquoi cet amour pour les pierres?

Quand j’étais enfant, nous n’avions ni télévision, ni voiture! J’étais constamment dehors, en contact avec la nature. Depuis, lorsque je passe une journée avec des cailloux, je ressens comme une âme en eux. Et quand la pierre est chaude, j’ai l’impression de toucher un être vivant.  

Empiler des galets: est-ce une activité dont on peut vivre?

Non. Je suis facteur à la rue de l’Ecluse. Et j’aime mon métier! Grâce à lui, je passe une grande partie de mes journées dehors, en contact avec les gens du quartier! Cette rue est incroyable: c’est un brassage d’ethnies, un lieu extrêmement vivant, chaleureux. D’ailleurs je ne voudrais pas vivre de mes oeuvres! Je ne supporterais pas d’avoir une pression financière lorsque je sculpte.

Vous avez grandi en Thurgovie. Pourquoi avoir choisi Neuchâtel?

J’ai débarqué à Neuchâtel il y a douze ans, pour apprendre le français. Quand j’ai fait connaissance avec la vie et la mentalité de la cité, j’ai décidé d’y rester. Ici, les gens sont moins stressés et plus ouverts! Je ne pourrais plus retourner vivre en Suisse alémanique.

Vos statues ont intrigué des milliers de Suisses. En êtes-vous fier?

Evidemment! Surtout lorsque des dizaines de personnes suivent la construction d’une statue et que je lâche la dernière pierre. Un pur moment d’adrénaline!  

Et quand tout s’écroule, quel sentiment éprouvez-vous?

Dans le grand jeu de l’équilibre, c’est comme si j’avais perdu la partie! Je suis déçu, mais je recommence toujours l’édifice… 

Votre atelier est en devenir. Allez-vous l’ouvrir au public?

Oui! Le vernissage est prévu pour la fin de l’été. Par la suite, j’envisage d’y organiser des ateliers de travail pour adultes et enfants. Et d’initier le public à cette passionnante recherche de l’équilibre…

Virginie Giroud

Légende photo: David Stricker: «Partout où j’expose mes œuvres, les gens se souviennent de moi.»